Une "victoire de la démocratie" nous disent les observateurs, la "fin d'un cycle protestataire" surenchérit le clan Sarkozy, le "retour d'une gauche unie" clame le clan Royal, la "baisse des extrémismes" entend-on ici ou là. L'intoxication des esprits continue.
Heureusement, je découvre l'excellente analyse de Thierry Crouzet dénonçant l'entreprise médiatico-politique de lobotomie génératrice de vote utile, autrement dit de "Panurgisme Démocratique", et dont les effets sont de nier la diversité, l'innovation et la complexité de l'offre politique et au-delà, de la réalité du monde d'aujourd'hui et de demain, dans les entreprises comme dans la vie de tous les jours. Non, dans le monde très conservateur de l'homo politicus, c'est la stratégie, le pouvoir, le secret et la concurrence destructrice qui règnent en maîtres. Pas de place pour la création, la diffusion, la coopération, le partage. Bon courage François.
Une mascarade sur laquelle revient aussi Malakine qui titre "A campagne nulle, résultats nuls", jugeant que la participation des français à ce scrutin est aussi massive que vide de sens, simplement conforme à ce que tous les médias, les instituts de sondage et la classe politique avaient souhaité et insufflé insidieusement des semaines durant. Et si je ne partage pas son interprétation du vote Bayrou comme un vote d'appartenance on ne peut plus classique, en revanche, je partage la crainte qui est la sienne de voir le suffrage universel définitivement neutralisé par les oligarchies au pouvoir.
"La démocratie est-elle encore vivante ?", s'interroge Malakine. Va-t-on assister à un vrai débat dans les prochains jours ? Telle est également la question que se pose Lancelot dans son papier du jour, "la défaite de la gauche", pour qui "l'élection est devenue une Star Academy géante", en prime time sur TF1, et qui se demande si Ségolène Royal pourra se relever de sa prestation catastrophique dimanche soir et devenir en quinze jours "humaine, pleine d'esprit, cultivée, brillante, charismatique, femme d'Etat... J'oublie un truc ? Ah oui : et de gauche si possible."
Dites, c'est ça le "nouveau rêve français" ?
Et pourtant, tellement prévisible, un taux record de participation et le fameux vote dit utile qui porte si mal son nom.
Au-delà du pari perdu et de l'espoir déçu, on retiendra surtout que 60% des français ne veulent pas que ça change.

Le point positif : l'allocution de François Bayrou qui m'a sidérée par son enthousiasme. Le combat continue.
Sans concession je l'espère. Un TSS au carré ? Tout sauf Sarko mais pas vraiment Ségo non plus ? autrement dit, ni l'un ni l'autre, de toutes façons, c'est blanc bonnet et bonnet blanc !
Je suis mal pour le second tour moi, je vous le dis, je suis mal.
Enfin qui est le plus mal au fond ? Parce que moi au moins, je n'ai pas voté utile.
Franchement, vous êtes contents, vous avez vu où ça nous mène ? Et c'est reparti pour "un affrontement majeur sur des projets de société ra-di-ca-le-ment différents". Ben voyons !
Tellement prévisible.
Avis aux (é)lecteurs !
Dimanche, je joue Bayrou gagnant/placé dans la première.
Oh, je vous préviens, je ne vais pas mettre la maison dessus. Un petit billet suffira. C'est qu'il est à bonne cote.
En général, je ne donne pas mes tuyaux, mais là, l'entourage est confiant.
Il faut dire que c'est un produit exceptionnel.
Un excellent coup oui.... qui dépasse tous les petits calculs mesquins, qui pourrait même rapporter gros !
Un de ces gains qui ne se mesurent pas en monnaies sonnantes et trébuchantes, voyez-vous, plutôt en équilibre, en bien-vivre, en honnêteté et en stabilité retrouvés. L'engagement de nous débarrasser le champ de course politique d'un joli lot de petits et grands magouilleurs qui sévissent depuis 25 ans, sans jamais prendre de vacances. C'est sa principale force. Tant les programmes se confondent. La preuve que la notion de gauche et de droite n'existe plus, urgence oblige, et que le problème est avant tout d'ordre humain.
Non, dimanche, c'est une chance unique qui nous est donnée. Avec le pensionnaire Bayrou. Origines inconnues. Elevage modeste et authentique. Dans le plus grand respect de la tradition et des règles de l'art. Patience et endurance. Rien à voir avec ses principaux concurrents au panthéon des pur-sang sucés jusqu'à la moelle. Rien de surprenant à ce que ses différents passages dans les usines à champion prestigieuses se soient soldés par des échecs.
Non, le prétendant Bayrou, il lui fallait du temps et une préparation sur-mesure. Il nous revient aujourd'hui sous de nouvelles couleurs, fin prêt, remarquablement affûté et sans oeillères, lui.
Dimanche, c'est un parcours à sa mesure, la course d'une vie. Rompu aux obstacles, il devrait franchir sans encombre le gros open-ditch, la rivière des tribunes et autre "juge de paix". Restera la dernière ligne droite jusqu'au poteau final, où il pourrait bien faire parler sa classe de plat et mettre tout le monde d'accord.
Suspense garanti.
Comme à Auteuil dimanche, la course sera presque aussi ouverte dans les urnes. Mais contrairement au Prix du Président de la République, l'élection à la Présidence, la vraie, ne prévoit aucune dotation pour le malheureux troisième. Seuls les deux premiers gagneront le droit de s'affronter dans un dernier tour de piste, impitoyable, avec en ligne de mire, une allocation sans pareil : l'Elysée.
Pour ceux qui veulent miser, je rappelle : Gagnant/placé hein ! c'est ça.
Tout avait bien commencé pourtant.
Le sourire, la fraicheur, candidate de tous les espoirs, Ségolène Royal ne jurait que par la transparence, la volonté de changer la manière de faire de la politique, tout en écoute, en démocratie participative. Un soir de novembre, elle faisait ainsi la nique à l'indéboulonnable Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn quelque peu en dilettante. Ecrasante majorité, formidable plébiscite du parti le plus misogyne et clanique de la classe politique française.
Je me réjouissais de cette investiture tout en conservant une certaine réserve sur ce produit, par trop formaté et médiatisé. Souvenez-vous, quand sous mon microscope, je gageais déjà, à la lumière de mes grandes universités en économie de l'innovation (hum), que "le produit ainsi marketé ait à nous dévoiler dans l'Acte II autre chose qu'un vide sidéral, tant il est vrai que la réussite d'un produit tient aussi dans un contenu de qualité, surtout quand ce produit présente des caractéristiques radicalement nouvelles compte tenu de l'état de l'art."
Puis vint le discours de Villepinte en février et la Madone, drapée de rouge, déclamant son Pacte Présidentiel avec une ferveur et une rage insoupçonnées. Je ne l'oublie pas, ni ne le renie. "Quand Ségolène Royal atteint enfin le pupitre et s'apprête à entonner les premiers couplets de son Pacte Présidentiel, je suis loin de me douter des ressources que cette femme a en elle et de tout ce que cela va remuer en moi", écrivais-je sur le vif.
Oui j'étais largement conquise, séduite par un certain pragmatisme de gauche, ménageant la chèvre et le choux, "gagnant-gagnant" comme dirait l'autre. Et au-delà des grandes lignes d'un programme généreux, exaltée j'étais par le cran de cette femme, contre vents dominants et marée de brebis de panurge, bien résolue "au moment où sa carrière pourrait atteindre des sommets de responsabilité et de représentation, de ne pas éluder la mère qu'elle est et la fibre maternelle qui participe de sa différence et de sa richesse d'homme politique, prenant ainsi le parti d'un féminisme moderne qui s'affranchirait de la référence permanente aux valeurs masculines", écrivais-je encore à chaud.
Misère.
Dix jours après, la parenthèse enchantée se refermait avec la divulgation de l'organigramme de campagne.
Stupeur et tremblements.
L'éléphanterie de retour, les promesses de féminisation et de rajeunissement des troupes, évaporées.
Au nom du rassemblement des énergies (non renouvelables !) ou pour qui sonne le glas ?
Utopie réalisable ? pensez-vous. Réalisation utopique oui !
La suite, vous la connaissez, un enchainement de déclarations peu inspirées et d'ajustements stratégiques poussifs, à coup de rhétorique un chouïa totalitaire (moi je, je veux et puis je suis, et je serais aussi...), le tout magnifiquement cristallisé dans le point final de cette campagne avortée :
L'affiche officielle ou l'histoire d'un ratage monumental. L'histoire d'une campagne sur le fil, d'une candidature fragile qui n'a eu de cesse de se chercher, "to be or not to be" souriante, femme, indépendante, socialiste ?, et qui finit placardée en noir et blanc cernée de deux bandeaux rouges, mêlant maladroitement l'idée d'une libération d'un otage et au mieux celle d'une femme dont le programme n'est rien d'autre qu'elle-même, sonnant comme un aveu d'impuissance.
Et ne parlons pas du dernier oxymoron en date, "l'audace sécurisée" sensée qualifier le vote utile pour la belle, et non moins utile aux "gardiens du dogme socialiste" qui remettrait ainsi aux calendes grecques l'impérieuse entreprise de mea culpa et de rénovation nécessaire.
Bilan.
Ségolène Royal, exit !
Oui, vous avez bien compris, je ne fais plus partie à ce jour de la nébuleuse des indécis...
Alors, où en étais-je ?
Récapitulons.
Le Pen, Villiers, exit ! Les nationalistes et autres patriotes peuvent toujours brosser la femme au foyer que je suis dans le sens du poil, non seulement l'ensemble du programme est à vomir mais en outre, j'ai déjà dit ici tout le mal que je pense du "vote perso".
Si par ailleurs, il se trouvait que j'ai l'âme anti-libérale, ce qui n'est point - je préfère un libéralisme raisonné -, c'est aussi à ce titre que je m'interdirais tout suffrage à destination de tel ou tel électron libre du bataillon trotskiste et écologiste, et cela malgré le capital sympathie et la contribution parfois intéressante au débat, mention spéciale à Besancenot. Exit donc les Buffet, Bové, Shivardi, Voynet, Laguiller et Besancenot...
Tous les plaidoyers sont vains. Pour moi, le "fantasme du Front National au second tour" (dixit José Bové) n'en est pas un ! Franchement, le coût à prévoir pour la France d'un nouveau mandat lancé sur la base du réflexe républicain et du sauvetage populaire façon 2002 n'est-il pas supérieur à l'hypothétique bénéfice à attendre d'un vote d'extrême-gauche en cas de victoire de la gauche, donc de Ségolène Royal ?
Et aujourd'hui, qu'on se le dise, si les alter et les anti s'enferment dans cette posture aussi absurde qu'irresponsable de fustiger le vote dit utile et prôner à la place le vote "pour ses idées", le vote FTP ("fais-toi plaisir") en somme, ce que j'appelle donc le vote perso, ils en sont les seuls responsables, responsables de leur incapacité à s'entendre, s'allier entre eux et concentrer leurs forces sur un projet de société "éligible", indépendamment du Parti Socialiste.
A vrai dire, tous ces élucubrations sur l'utilité ou non du vote me dépassent. N'y a-t-il pas là un faux problème qui masque celui plus pertinent peut-être de l'utilité ou de la crédibilité de telle ou telle candidature?
Je crois qu'en fait, il n'est de vote vraiment utile que le vote, comment pourrait-on le qualifier... républicain?, pour lequel la prise en compte de la faisabilité d'une part et de l'intérêt général d'autre part primeraient sur toute autre considération (atavisme, feeling, intérêt particulier, lobbying...) avec comme alternative privilégiée le vote blanc, ce qui nécessiterait qu'il soit réhabilité dans sa signification et sa considération, je vous l'accorde.
Assez rigolé, il s'agit quand même d'élire le Président de la 7ème puissance mondiale, culturelle, économique, diplomatique... accessoirement président de l'Union Européen en 2009 !
Je sais, c'est naïf, un brin idéaliste mais c'est en tout cas le principe qui a guidé mon choix.
Au départ, trois candidats possibles : Sarkozy, Royal et Bayrou.
Et au final, un seul et unique, un vrai.
Vous savez déjà que ce n'est pas Sarkozy, Non merci ! Et je n'y reviens pas.
Ségolène Royal alors ? Ou bien François Bayrou ?
Une chose est sûre, la motivation première ne sera ni personnelle, ni stratégique.
A suivre...
Je poursuis donc ma réflexion.
Le ménage je fais, dans ma tête de femme au foyer qui vote.
Les idées claires, je veux ! (il n'y a pas que Ségolène "qui veut", faut pas croire)
Et j'achève ainsi à J-10 de tirer un trait sur le candidat Nicolas Sarkozy. Et toutes ses qualités reconnues de dynamisme, d'expertise économique, industrielle et financière, de communication aussi, surtout, n'y feront rien. Pour moi, la coupe est pleine. Et si ses dernières inepties médiatiques sur le déterminisme génétique et social, aggravées par son mépris affiché pour la discussion, font la goutte de trop, j'avais déjà dans mon escarcelle moults griefs et aversions à l'endroit du personnage et de l'homo politicus Sarkozy.

Bien oui, un suffrage, c'est une affaire d'idéologie, mais c'est aussi une question de feeling.
Et moi, je le sens pas le Sarko tout show. Pourquoi ? Parce que ! Mais encore ?
D'abord, faut savoir que j'aime pas son air à la Christian Clavier.
Et puis, j'aime pas sa femme non plus et tout ce qu'elle incarne.
En plus, pour un chef d'Etat français, avouer ne jamais boire de vin et n'y rien connaître, ça fait, euh... comment dire, tâche ?
Et tiens, pendant que j'y pense, j'aime pas son site Internet avec compteur à rebours, animations flash, vidéos à gogo, façon télé-achat. Lourd de signification. A tous égards.
Et puis, je me méfie des types qui lisent pas... parce qu'il n'ont pas le temps.
Et en parlant de temps, de ceux qui vouent un culte au travail et pensent qu'on rend heureux ses enfants en travaillant plus, parce qu'on gagne plus et qu'on peut acheter plus, plus de biens, plus de services, plus de loisirs... et toujours moins de temps, à donner, à partager. Inexorablement.
Et de ceux qui ont des copains qui s'appellent Copé et Devedjian, aussi souples et novateurs qu'une dalle de béton.
Et de ceux qui associent immigration et identité nationale.
Et qui pensent qu'à trois ans, la messe est dite, "tu seras pédophile mon fils".
Et qui prônent la "tolérance zéro", sans rien autour, ni avant et ni après.
Et encore de ceux qui considèrent l'écologie comme une marotte un peu régressive.
Et puis, rien à faire, j'aime pas les hommes pressés, fébriles, agités, affairés...
... et rompus de certitudes, la certitude de tout déchirer ? C'est ce qu'on verra.
J-11
Bayrou aime la Toile, et la Toile le lui rend bien.
La Toile vote Bayrou en masse, quand aujourd'hui tous les instituts de sondage le donnent perdant.
D'accord, ici c'est du brut de brut qui défie toutes les règles de l'art des statisticiens. Pas d'échantillonnage, pas de redressement, pas de lissage, rien que de l'internaute qui clique au hasard de ses pérégrinations sur la blogosphère politico-citoyenne.
Mais qui peut affirmer que la population des internautes-qui-cliquent-au hasard-de-leurs-pérégrinations-sur-la-blogosphère-politico-citoyenne n'est pas aussi représentative de l'électorat français que les pseudo-panels de compatriotes cuisinés par téléphone sur leurs pseudo-intentions de vote entre la poire et le dessert ? J'vous l'demande hein ?

Les quinquas les plus rock de la scène française are Back ! J'ai nommé le duo de choc, mariage de la carpe et du lapin, Catherine Ringer, the voice et Fred Chichin, the brain.
Les Rita Mitsouko nous reviennent avec un album intitulé "variety", hommage à la diversité et à la créativité musicales, en réaction à la "soupe uniforme" que nous servent les majors, un album "épuré", "d'une salutaire sobriété", "des chansons fortes, aux textes vibrants et aux mélodies sûres" nous dit Hugo Cassavetti dans un article consacré à sa rencontre avec les deux zouaves pour Télérama.
Ces derniers ont toujours eu la langue bien pendue et les idées tranchées, mais là je jubile et ne résiste pas à vous faire partager quelques extraits décapants, j'adhère, j'adore.
Sur la scène française :
"De toute façon, en France, il y a qui ? Philippe Katerine, Rachid Taha, et puis Etienne Daho. Ils font ce qu’ils disent et ce qu’ils veulent. Ils ont tout mon respect. Mais Manu Chao, non, par exemple. Ce n’est pas un musicien. C’est un politique. Comme Renaud. Ils prennent la musique en otage pour faire du militantisme. La musique, c’est un paillasson sur lequel ils s’essuient les pieds. Derrière, je n’entends qu’une bande de suiveurs qui se préoccupent de préserver leur pré carré. La musique, c’est un vrai travail et c’est dur. Mais en France, on ne travaille pas, on se contente d’un tout petit niveau musical. Je trouve terrible qu’on accorde moins de crédit à Daho qu’à des types comme Doc Gynéco ou Joey Starr. " (Fred Chichin)
Sur le rap :
"Le discours d’un Gynéco peut se résumer ainsi : « Si j’étais riche, je m’achèterais une Porsche et je t’emmerderais, bâtard. » Je les connais bien ces types, j’ai travaillé avec eux. Je suis resté deux mois avec une quarantaine de rappeurs. C’est édifiant sur le niveau et la mentalité… Le rap a fait énormément de mal à la scène musicale française. C’est une véritable catastrophe, un gouffre culturel. La pauvreté de l’idéologie que ça véhicule : la violence, le racisme anti-Blancs, antioccidental, antifemmes… C’est affreux." (Fred Chichin, toujours...)
Sur la vie tout court :
"Chères Petites parlait de ces gens qui disent aux jeunes que la vie est nulle dès qu’on grandit, qu’il faut profiter de sa jeunesse parce que après tout est horrible. Je dénonce cela. J’ai toujours aimé la vie dans son ensemble. Je n’ai pas peur de la mort. Quel que soit l’âge qu’on a, l’important est que l’on soit là, et ce que l’on en fait. J’ai 50 ans et je suis contente. Une fois qu’on est né, il faut suivre le mouvement ! Ça ne sert à rien de tenter d’arrêter le temps. Rien n’est immuable. La vie, c’est du travail, un effort constant." (la Ringer, évidemment)
Voilà qui me met en joie pour la journée !

Hier soir, j'apprends dans le Soir 3 que les gynécologues obstétriciens des cliniques privées sont en grève. Je ne reviendrais pas sur les revendications des praticiens dont je n'ai pas bien saisi la teneur.
En revanche, ce qui me fait bondir, c'est l'illustration, le petit montage bien pourri d'archives directement extraites de l'imagerie collective dont les journalistes sont coutumiers, pour animer une information qui n'a pas forcément lieu d'être d'ailleurs.
Et quelle est-elle cette illustration, je vous le donne en mille ? Une femme, passablement déformée par la grossesse, plantée au beau milieu d'une tripotée de berceaux plastifiés et de tuyauteries en tous genres, qui se fait servir un biberon jaunâtre disproportionné, par une infirmière qui semble tout droit sortie d'une opération chirugicale à coeur ouvert, biberon à administrer sans coup férir à un nouveau-né qui, bien évidemment, hurle de rage.
Et bien vous me croirez ou non, ça me rend malade... oh pas le choix du journaliste, non, qui ne fait que réfléter précisément l'air du temps, mais plutôt le fait que cette représentation oeuvre dans le sens d'une banalisation et d'une normalisation toujours plus grande auprès des jeunes filles et des futures mères, de ce qui devrait être à la base une exception : Rappelons et insistons sur le fait que les cas d'allaitements impossibles ou contre-indiqués (venant du bébé et/ou de la mère) sont rarissimes.
Qu'avons-nous donc les françaises pour continuer sans broncher à entretenir un système où maternité rime avec égoïsme, distance, ignorance, passivité, artifice, hygiénisme, puritanisme et médicalisation outrancière ? (doublement césarisée et sans regret, merci la science !, mais refusant toujours les examens superflus et les injonctions dogmatiques d'un certain personnel, je tiens à préciser que je pèse mes mots sur ce dernier point)
Pourquoi nous complaisons-nous ainsi toujours et encore dans la queue du peloton européen de l'allaitement et du maternage avec seulement une française sur deux qui respecte les gestes simples et naturels à la naissance de son bébé ? Mais de quoi les femmes ont-elles peur ?
En ces temps d'élection présidentielle, voilà un sujet qui se situe bien loin des préoccupations du commun des mortels et pourtant, ne touche-t-on pas là à l'essence même, à la source de la source de l'espèce humaine et de son identité profonde ? Je sais, c'est rigoureusement désuet et je crains que ma note se perde définitivement dans les abîmes et méandres d'une société agitée et tourmentée en mal de sens, mais bon c'est dit !
A l'heure du cyber-soulèvement citoyen, d'un regain très net d'intérêt des français pour la chose politique, alors que la société se trouve incontestablement à un carrefour politique, économique et social et qu'il est impérieux de ne plus se tromper de direction, et bien, que nous répond Nicolas Sarkozy, le favori des sondages officiels, à la proposition d'Agoravox, premier média citoyen (plus d'un million de lecteurs par mois) et son leader Carlo Revelli de débattre en ligne ?
Non et re-non, certainement pas, et l'égalité des temps de parole, vous y pensez, et patati et patata... Trahissant une fois de plus son inébranlable certitude et son irrépressible empressement d'obtenir son ticket pour le second tour ?
Conscients que nous sommes dans un beau merdier avec une campagne réduite à une addition de monologues rébarbatifs, sclérosée par les formats télévisuels, l'épée de Damoclès du grand CSA et l'incapacité des journalistes d'imposer les vraies questions d'envergure présidentielle, l'équipe d'Agoravox rejointe par les grandes figures du blogging politique semble bien décidée à ne rien lâcher et tout tenter pour que ce débat de premier tour, qu'une large majorité de la population française souhaite vraiment, ait lieu.
Les rédacteurs d'Agoravox se proposent de rédiger un listing de questions pertinentes quand Thierry Crouzet du Peuple des Connecteurs continue de réfléchir aux formes que cette rencontre pourrait prendre et Nicolas Voisin du Politic'Show se tient prêt avec caméras et micros.
François Bayrou (qui avait lancé l'idée mardi parallèlement à Carlo Revelli), Ségolène Royal et Jean-Marie Le Pen sont OK. Et nous avec; il y a une pétition au fait pour le dire (cliquez sur la bannière ci-dessus).
Et l'Europe, et la mondialisation, et l'unité nationale là-dedans, et la défense, et la réforme des institutions, et la politique étrangère ? Bon sang, nous on veut savoir. On veut voter POUR des idées, convaincus en notre âme et conscience qu'elles sont les bonnes à suivre et à mettre en oeuvre. Et puis on veut savoir ce qu'ils ont dans les tripes, ce qui se cachent derrière leurs images figées façon papier glacé. On veut voter pour le BON. C'est aussi dans l'interaction, la confrontation, l'échange que se révèlent les qualités d'écoute, de diplomatie et de détermination essentielles à l'homme ou la femme qui brigue le poste de Président de la République.
Alors Sarko, tu la craches ta Valda ?! (expression qui me vient d'une vieille amie impatiente aux feux rouges...)
Non, ma Nouvelle Star a 24 ans, un déménageur à la ville avec une tête de Zébulon, mixte de Hugh Grant et de Kurt Cobain, une barrette pour mèche rebelle, un tatouage de Marcel Duchamp dans le décolleté et de Jean d'Ormesson sur l'épaule, et il chante "Like a Virgin" de Madonna sur la scène du Pavillon Baltard en direct sur M6.
Autant j'étais réservée sur Christophe Willem l'année dernière, autant je suis ici complètement embarquée, pour reprendre un terme cher à Manu Katché, par cette espèce d'Alien de l'interprétation répondant au doux prénom de Julien, l'ovni qui n'a pas fini de nous surprendre. Une chose est sûre, si Bayrou n'a pas gagné d'avance, en revanche Julien, son yukulélé, sa cravate rose et ses vibes supersoniques, c'est grave dans la poche !
Pour tout dire, j'en ai presque pleuré d'émotion devant tant d'innovation et de talent. Vous avais-je déjà confié que j'étais une passionnée de musique, musicienne et fine oreille, et qu'il m'arrivait de pousser la chansonnette du haut de mes cordes d'Alto ? Il faudra que je vous emballe une petite démo un jour tiens.
En attendant, pour ceux qui l'ignorent encore, voici l'olibrius de service dans ses oeuvres :
ENORME, le week-end express, dépaysement, émotions décuplées et le temps... qui dure longtemps.
Souffle, comme le vent d'est en rafales et tourbillons entêtants.
Sable, ocre fin, dans les yeux, les cheveux, dans le moindre recoin.
Arganiers, l'or d'Essaouira, verdoyants et tortueux, majestueux, à perte de vue.
Odeur, des sardiniers et de l'huile d'argan.
Unique, le port et ses couleurs, la Medina fortifiée, immaculée, surplombant l'océan.
Inimaginable, de croiser dans l'entrebaillement d'une porte de toilettes, Adriana Karembeu et de saluer au passage le Christian du même nom, champion du Monde! et charmant au demeurant...
Rallye, Aïcha des Gazelles, le seul rallye exclusivement féminin et amateur, 70 équipages, 100 organisateurs, 15 jours de course, 3000 kilomètres de désert, zéro accident et une arrivée éblouissante sur la plage d'Essaouira.
Ambiance, survoltée, de poulailler, 140 gazelles électriques, 600 invités de bonne composition, une brochette de people et de la ripaille à profusion, cocktail explosif !

Ne me cherchez pas, je suis pour le week-end à Mogador, enfin anciennement, cette petite cité portuaire du sud marocain étant plus connue aujourd'hui sous le nom d'Essaouira.
Je ne sais si je devrais le dire mais nous y sommes invités pour festoyer autour de l'arrivée du Rallye Aïcha des Gazelles, Rallye automobile exclusivement féminin "respectueux de l'environnement et des populations" nous dit-on... sur le site Internet, le seul intérêt des médias se résumant à la présence d'Adriana Karembeu.
Evidemment, ce n'est là qu'un merveilleux prétexte pour découvrir un lieu que nous ne connaissons pas encore et dont la réputation semble avoir résisté au récent boom touristique.
L'occasion rêvée d'effacer peut-être l'expérience fort décevante d'un séjour à Marrakech où les sollicitudes incessantes des marchands de tapis, des pseudo-guides et des apôtres du "timeshare", l'ambiance factice de la célèbre place Jemaa El Fnaa et du non-moins fameux souk prétendu "hors du temps", de même que la piètre qualité de la restauration (impossible d'échapper au tajine poulet-citron gorgé d'huile) s'étaient chargées de ruiner nos espoirs et notre curiosité innée ?
Allez, n'en doutons pas, po-si-ti-vons !
Après tout, la légende qui veut que tous les artistes, peintres, rockeurs, hippies et autres allumés de la terre - de Orson Welles aux Rita Mitsouko en passant par Jimmy Hendricks et Cat Stevens - n'aient jamais caché leur préférence pour l'éperon de l'Atlantique plutôt que la fournaise de l'Atlas et sa palmeraie très courue par les riches business-men de la planète, n'est-elle pas de bon augure?
Que de questions. A suivre donc...

... rapidement balayée au profit de la mode du Pacte lancée par Nicolas Hulot avec son "pacte écologique" suivi encore du "pacte social et citoyen" du collectif AC Le Feu. Madame Royal s'est alors empressée de nous servir un "pacte présidentiel", et Monsieur Sarkozy d'emboîter le pas avec un "pacte républicain"...
... des flots de promesses contractualisées débouchant sur une âpre dispute de "la valeur travail","copyright Sarkozy" sur la ligne "travailler plus pour gagner plus", par Ségolène Royal préférant défendre le "travail pour tous"...
... une bataille d'idées immédiatement détrônée par la surenchère cocardière, toujours animée par le duo de favoris Ségo-Sarko, sur le terrain de "l'identité nationale" et du drapeau français, un domaine qu'on croyait réservé aux Le Pen et Villiers...
... très vite concurrencée par les velléités révolutionnaires des outsiders, à commencer par le trouble-fête François Bayrou, qui d'un tour de passe-passe convertit la "révolution douce", marque déposée par Ségolène Royal en plein élan oxymorique, en une "révolution pacifique", quand Dominique Voynet choisit dans le même temps d'afficher sa "révolution écologique", contestant ainsi leur monopole historique aux Laguiller, Besancenot et Bové...
... jusque dans la référence au peuple, avec un François Bayrou se présentant dans la foulée de la révolution pacifique, cette même soirée euphorique du 21 mars, comme "le Président du peuple", ce que Ségolène Royal recevra manifestement comme un affront... qu'elle essuiera du tac au tac avec la dernière mouture en date, "la France Présidente" !

De stratégies de suivisme en tactiques d'imitation-réponse, une chose est sûre dans cette campagne, nos candidats à la Présidence manquent cruellement d'imagination, d'identité et de convictions.
Après cela, il ne faudra pas venir se plaindre si d'aventure les français, appelés aux urnes dans trente jours, préfèraient l'original à la copie, le modèle à la contrefaçon...
... Tiens, je n'aurais pas déjà entendu ça quelque part moi ?

Je voulais juste en ce dimanche vous faire partager mon enthousiasme autour du premier film de Fabienne Godet, "sauf le respect que je vous dois", diffusé en ce moment sur canal +.
Un film, sorti très discrètement en salles en 2005 et pour cause, traitant d'un sujet peu vendeur et d'ailleurs peu exploité par l'industrie cinématographique: le monde du travail et ses drames.
En l'occurrence ici, il s'agit d'un gigantesque pétage de plomb, celui de François, 40 ans, marié, un enfant, cadre d'imprimerie, sans histoires, dont le suicide violent du meilleur ami, victime d'un harcèlement prolongé puis d'un licenciement abusif, va réveiller toute la révolte et l'humanité enfouies de longue date au profit d'une docilité et d'une résignation de circonstances.
Forte de son background de psychologue, la cinéaste nous livre un polar social d'une qualité extraordinaire de pureté, de justesse et d'émotion, débarassé de tout principe manichéen ou moralisateur, et servi par une kyrielle de comédiens excellents à commencer par Olivier Gourmet, littéralement né pour ce genre de rôles on le sait bien, des rôles intérieurs, profonds, tout en non-dits et en impulsions.
On regrettera peut-être une seconde partie moins crédible et plus brouillonne que la première, extrêmement construite et mise en musique - dont le point d'orgue est incontestablement celui de la découverte collective du malheureux collègue -, de même que le traitement un peu approximatif réservé aux personnages joués avec talent pourtant par Marion Cotillard et Julie Depardieu.
Malgré toutes ces insuffisances, voilà une oeuvre poignante et originale qui mérite vraiment d'être vue par le plus grand nombre et sauvée aujourd'hui de la distribution déplorable dont elle fait l'objet.












