Hier soir, Baltard avait revêtu son Perfecto, accordé sa Gibson, bien décidé à rocker la Casbah des marchands de soupe, avec force fuzz et distorsions.
Alors que Philippe Manoeuvre, chargé d'ouvrir ce Baltard on the Rock, déclamait son riff vendeur dans le poste de la télé de mon salon, je remisais sur le champ le cortège de doutes né de la précédente session.
Les chacras toutes voiles dehors, j'étais fin disposée à fendre les flots d'un océan de talents et embrasser le sillon des génies du Rock'n Roll convoqués pour l'occasion.
Autant le dire tout de suite, la traversée fut épatante, une réussite que l'on doit autant aux protagonistes, dans une première partie très "hovercraft", fleurant bon les embruns des Stones, de Noir Désir et de Joe Cocker, qu'à l'expérience du capitaine de vaisseau, négociant avec brio les courants contraires (ceci n'étant qu'une hypothèse) d'une seconde partie houleuse.
Je veux parler de la pauvre Siân, du martyre infligé à With or Without You, et plus encore du saboteur et bien-nommé Ycare (dont on ne saurait trop lui conseiller de renouer rapidement avec la terre ferme), manquant de tout faire cabaner; une montée de gerbillon coupée court par le sauveur Benjamin, tel un phare à l'horizon qui vous remet les niveaux d'équerre. Ouf !
Mais fi des écueils, on ne retiendra que le meilleur, que le bon, et puis l'équipage charmant aussi, avec une révérence toute particulière au Dernier des Mohicans, Dédé la science, qui par l'entremise de son facteur X, entendez "ce petit quelque chose qui fait que", nous délivra de l'impossible choix, parmi des candidats à peu près tous aussi brillants les uns que les autres, dans leur genre je veux dire.
Merci Dédé ! Un cadeau de circonstances qui ne saurait toutefois nous dispenser d'expliquer ce que chacun d'entre nous y met dans ce facteur X.
Pour ma part, j'ai compris une chose hier soir, c'est que la géométrie et l'alchimie de son propre facteur X est un truc éminemment complexe, puisque quels que soient les critères retenus, la conjonction desdits critères n'est non seulement pas suffisante mais en outre pas forcément nécessaire.
Vous me suivez ? Petite démonstration.
Prenez Jules qui réunit tous les critères, enfin mes critères (au nombre de trois, que je vous laisse deviner), et bien Cédric, pourtant moins bien pourvu que Jules en la matière, n'en a pas moins grâce à mes yeux, ce qui n'est pas le cas de Thomas, à égalité de critères avec Cédric, ce même Thomas que je place loin derrière Amandine, alors qu'elle ne satisfait elle-même qu'un seul de mes critères. Et que dire alors de Benjamin, aussi bien pourvu que Jules et mieux que Cédric, et que je ne place qu'en troisième position ?
Mystère et boule de Rock !
