Déjà, la soirée ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices. "Tenue de soirée" nous braillait Lio dans le poste, entendez : rangez les slims, les blousons noirs et les bottes, tuez le punk qui est en vous, sortez les violons, les robes-couture, le tapis rouge, le piano à queue, ajouter quelques standards miteux de chanteurs morts et autres hymnes beuglés jusqu'à plus soif, tout est permis, de la renaissance au massacre, mais surtout le massacre.
Pour tout dire, j'ai jamais tellement aimé les ambiances rétro collet monté, façon happy new year, et je reconnais bien volontiers que mon admiration pour la grande chanson française est passablement bornée.
Et ça démarrait plutôt mal avec Jules, emboîtant le pas d'Henri Salvador sur les chemins sirupeux de Syracuse, un choix à la limite du tolérable pour moi, se révélant toutefois moins dramatique que prévu; sachons-lui gré à ce gamin, décidément hyperdoué, d'avoir lâché son maître d'infortune et reconsidéré l'itinéraire n'est-ce pas. Une réussite.
La suite est moins réjouissante, je vous passe le tourné de serviettes de Siân et déclare l'embargo sur la chanson I Will Survive ouvert et ce, pour une durée indéterminée. Je vous épargne aussi les incantations vaines de Kristov, les oxymores insignifiants de la Flée Clochette aka Lucille (autrement dit, l'habit ne fait pas le moine), les auto-flagellations du triste Julien, prié dès hier soir de regagner ses pénates, merci public !
Je ne m'attarderai pas plus sur le gâchis d'Amandine, frisant le Nicoletta (dixit Dédé la science sur W9 dans le debriefing) sur cette reprise de ne me quitte pas, et propose d'ailleurs de fonder le mouvement contre la reprise par des femmes de tubes écrits par des hommes pour des femmes, et réciproquement, est-ce que c'est clair ?
Le ménage étant fait, ne reste donc en principe que le nectar et là, je vous vois venir... Elle a aimé Ycare ! Et bien oui, ce fut la suprise de la soirée et pourtant je ne donnais pas cher de sa peau sur cette reprise d'une reprise de Björk; it's oh so quiet est une très vieille chanson que Björk n'a fait que réarranger. Car de massacre de MA vénérable Diva, il n'en fut point. La justesse était au rendez-vous (ou tombée du ciel ?), dans la voix, la tenue, la mise en scène et l'esprit en général.
Quatre étoiles sur cinq dans mes petits carnets, agrémenté d'un + pour le culot parfaitement calibré cette fois, une même note décernée également à Thomas (gros faible pour la chanson, vous me direz certainement que ceci explique cela, mais pas tant que ça) et Cédric (le facteur X, toujours cet obscur facteur X, et le boulot aussi, il mégote pas not' bel officier de la marine marchande).
Et mon cinq étoiles alors, mon palace, ma suite royale ? J'ai nommé le Benji évidemment... Mais c'est aussi là que je me fâche avec Dédé, puisque bien évidemment que le choix musical ne peut être dissocié de l'interprétation qui en est faite, Dédé bon sang !, et que Benjamin a le gros avantage d'avoir l'intelligence de cette combinaison et d'en jouer à merveille.
Avis aux mélomanes, attention frisson ! Qui a dit déjà que je n'aimais pas la chanson française à textes ? Tu rigoles, c'est du Bashung, c'est bien plus que cela.
